XIXÈME CONFÉRENCE DES AMBASSADEURS DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, NICOLAS SARKOZY (Paris, 31 août 2011)

Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Monsieur le Ministre d’État, Ministre des Affaires étrangères et européennes,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Nous avons tous conscience de vivre une année exceptionnelle par l’intensité et la portée des événements très différents qui se sont succédé depuis janvier, de la crise ivoirienne aux printemps arabes, des catastrophes japonaises aux affrontements libyens, sans oublier, bien sûr, la crise de la dette.
Le moment est venu de prendre la pleine mesure de ces événements, de ce qu’ils signifient pour la France, pour l’Union européenne et pour le G20. Je suis heureux de le faire devant vous, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs qui avez, avec compétence, mis en œuvre et expliqué l’action de notre pays, sous l’autorité du ministre d’État, Alain Juppé à qui je veux rendre un hommage très particulier.
Je veux commencer par le continent africain : 2011 s’inscrira sans doute dans les annales comme l’année de progrès majeurs de la démocratie en Afrique.
Au sud du Sahara d’abord, avec la reconnaissance de l’élection du président Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, mettant un terme à 10 années de déchirements ; en Guinée, avec la première élection démocratique depuis l’indépendance, qui a vu la victoire du président Alpha Condé ; au Niger où, au terme d’une transition exemplaire, l’élection du président Issoufou a consacré le retour à l’ordre constitutionnel. Au total, dans toute l’Afrique sub-saharienne, une vingtaine d’élections majeures se seront succédé tout au long de l’année.
Avec ces progrès de la démocratie viennent ceux de la paix. Au Soudan, c’est bien la volonté librement et massivement exprimée par toutes les populations concernées, qui a mis fin à une guerre civile de plus de 20 ans et donné naissance à un nouvel État, certes fragile, enfin le Sud Soudan. Ces progrès rendent d’ailleurs encore plus inacceptables la crise somalienne et la famine qui frappe la Corne de l’Afrique. Le monde entier doit se mobiliser pour venir à bout de ces tragédies.
Les progrès de la démocratie en Afrique vont également de pair avec ceux du développement. Depuis 15 ans, les économies africaines connaissent une croissance supérieure à 5 % par an. Et on ne sait pas assez que de 2001 à 2010, 6 des 10 économies du monde qui ont connu le plus fort taux de croissance étaient africaines ? Réalise-t-on que la population du continent africain doublera d’ici à 2050 ? L’Afrique sera alors plus peuplée que la Chine.
Pour la France, ces deux faits justifient que le décollage économique de l’Afrique devienne une réelle priorité de l’Europe. Le voisinage du continent africain est une chance pour nos économies. Les destins de l’Europe et de l’Afrique sont liés.
Alors cette Afrique en mouvement, la France veut être à ses côtés. Elle veut l’accompagner dans sa marche vers la démocratie et le développement. Elle veut construire avec elle un partenariat équilibré et moderne. La Charte des entreprises françaises en Afrique lancée lors du Sommet de Nice, les nouveaux accords de défense conclus avec certains Etats - des accords enfin transparents, Monsieur le Ministre de la Défense, car publiés, car la France, bien sûr, n’a rien à cacher et la France publie les accords qu’elle signe avec ses partenaires africains et on se demande d’ailleurs pourquoi ils ne l’avaient pas été ces accords. Et nous irons aussi loin qu’il le faut pour avoir la transparence sur ce sujet comme sur les autres.
Arrêtons de voir avec l’Afrique tout ce qui ne va pas ! Le continent africain prend son envol ! Le continent africain est la jeunesse du monde !
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Au Nord du Sahara, c’est bien la jeunesse qui a donné le coup d’envoi des « printemps arabes ». De Tunisie, puis d’Égypte, ils ont gagné de proche en proche, du Maghreb au Machrek.
Qu’ont dit ces jeunes, quasiment à l’unisson, démentant ainsi nombre de prévisions sombres ? Ces jeunes n’ont pas dit « à bas l’Occident ». Ces jeunes n’ont pas dit « à bas l’Amérique ». Ces jeunes n’ont pas dit « à bas Israël ». Ces jeunes ont exigé la liberté et la démocratie, ces jeunes ont exigé le respect et la dignité. Ils ont montré que, dans notre monde connecté, les attentes des peuples sont les mêmes du Sud au Nord de la Méditerranée. Ils ont montré qu’il n’y a pas d’ » exception arabe « comme il n’y avait pas d’exception d’Europe de l’Est qui condamnaient les peuples à la dictature, ces peuples, ces jeunes ont montré qu’il y a des valeurs universelles et la démocratie au premier rang de celle-ci.
On a parfois comparé ce séisme démocratique à la chute du mur de Berlin et à l’effondrement du bloc communiste. C’est vrai pour l’importance historique. Et c’est vrai aussi pour la cécité de ceux qui ne voulaient pas voir que les Européens de l’Est avaient les mêmes droits à la liberté que les Européens de l’Ouest et de ceux qui ne voulaient pas voir que les peuples arabes avaient les mêmes droits à la liberté que les peuples de l’Occident. Mais j’y vois trois différences qui rendent la suite des événements plus complexe encore que ce que fut pour l’Europe de l’Est l’après-chute du mur de Berlin.
La première différence, elle est de taille, elle est démographique. Les pays de l’empire soviétique avaient, en quelque sorte, achevé leur transition démographique. Ceux du monde arabe s’y engagent seulement ; ils ne l’ont pas achevée, je veux dire que ceux du monde arabe, eh bien, la jeunesse y représente près des 2/3 de la population, portant chaque année vers les marchés du travail des millions de jeunes souvent diplômés, c’est une très grande différence avec ce que nous avons connu pour l’Europe de l’Est.
Il y a une deuxième différence qui tient à la disparition, en 1990, de la dernière de ces idéologies qui ont fait le malheur du XXème siècle, je veux dire le communisme, je veux dire le marxisme, cette idéologie de mort au nom de laquelle on a assassiné des millions de gens sous prétexte pour les uns, qu’ils étaient cultivés, pour les autres, qu’ils étaient propriétaires terriens et pour les troisièmes, qu’ils avaient des diplômes. La mort de cette idéologie de mort a permis à la démocratie de s’épanouir sur tout le continent européen. Au Sud de la Méditerranée où la religion demeure une référence centrale, tout l’enjeu des printemps arabes est de montrer par l’exemple que l’affirmation de ces valeurs démocratiques ne s’oppose pas à l’Islam. La démocratie s’opposait à l’idéologie communiste, il ne pouvait pas y avoir de rencontre et de compromis. Dans les « printemps arabes », toute l’histoire à écrire va être celle d’une rencontre entre la démocratie et l’Islam. Enraciner la démocratie, c’est organiser des élections libres, c’est accepter l’alternance au pouvoir, c’est respecter les droits et les choix des individus et des minorités et je veux redire la préoccupation de la diplomatie française pour les minorités chrétiennes. En Orient, ils sont en quelque sorte les marqueurs de la démocratie et de cette diversité dont ces pays ont besoin.
Troisième différence enfin : pour les pays d’Europe centrale et orientale, le chemin à suivre était tout tracé : c’était l’évidence, l’intégration européenne, la réconciliation de la famille. Au Sud de la Méditerranée, rien de tel, bien sûr. Et c’est dire toute l’importance des partenariats à développer, dans le respect de l’indépendance et de la souveraineté de ces États. Lors du Sommet de Deauville, le G8 s’est engagé fortement et dans la durée, proposant 40 milliards de dollars à la Tunisie et à l’Égypte entre 2011 et 2013, ainsi que l’ouverture de la BERD et de son expertise unique.
Depuis Deauville, deux autres pays ont rejoint ce partenariat, le Maroc et la Jordanie. Ils démontrent que de vraies réformes assumées peuvent aboutir à des résultats aussi significatifs que des révolutions.
Il va de soi que si la Libye nouvelle souhaitait rejoindre le partenariat de Deauville, elle serait la très bienvenue ! Demain, nous accueillerons ici même, avec le Premier ministre, François Fillon et Alain Juppé bien sûr, à l’Élysée, les nouvelles autorités de Tripoli. Avec tous les pays représentés, avec l’ONU, la Ligue arabe, l’Union africaine, nous allons tourner la page de la dictature et des combats et ouvrir une nouvelle ère de coopération avec la Libye démocratique.
Au-delà, qui ne voit la pertinence de l’Union pour la Méditerranée pour répondre aux attentes des peuples ? Le moment est venu de la relancer et de la refonder. La France présentera ses propositions à ses partenaires dans les prochaines semaines. L’impasse du processus de paix ne doit pas empêcher l’UPM d’être le moteur d’une véritable renaissance de la Méditerranée !
D’ailleurs il faut bien reconnaitre qu’avant les « printemps arabes », l’Union pour la Méditerranée s’organisait comme un cadre où se rencontraient enfin Israéliens et Palestiniens. Mais l’Union pour la Méditerranée aujourd’hui, sa priorité, son cadre, c’est l’aspiration à la démocratie et au progrès économique.
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Alors, pendant ces événements, la France, plus que d’autres pays, a été interpellée et naturellement critiquée. C’est la rançon de l’Histoire : ici, elle en faisait trop, au risque d’être accusée de « néo-colonialisme », je pense à tous ceux qui ont défendu le régime de M. Gbagbo ; là-bas, elle n’en faisait pas assez et pas assez vite, et voici la France coupable à la fois de néocolonialisme et d’indifférence !
Avec un peu de recul, chacun reconnaîtra, du moins je l’espère, que la France aura été le pays le plus engagé, en suivant des principes clairs ; des principes qui fondent la politique nouvelle de notre pays.
Une évidence d’abord, qu’il faut rappeler : ce sont les peuples qui font l’Histoire ; eux seuls peuvent prendre leur destin en main. Et si le sens du mouvement vers les libertés et la démocratie est prévisible, nul ne peut en anticiper le déclenchement, et encore moins le provoquer de l’extérieur.
Ce qui est nouveau, après des décennies pendant lesquelles la stabilité des régimes en place primait, à l’Est comme au Sud de l’Europe, c’est la volonté de la France d’accompagner avec détermination le mouvement des peuples vers la démocratie. Pendant des années, notre diplomatie - et j’en prends ma part - a été organisée autour du mot « stabilité ». Et autour du mot « stabilité », la France a eu des rapports avec des régimes qui n’étaient pas des exemples de démocratie. Le réveil des peuples arabes, leur aspiration à la liberté permet de s’appuyer sur cette aspiration pour couper définitivement avec cette stabilité qui nous mettait en permanence en contradiction entre les valeurs que nous devions défendre et la réalité que nous devions assumer. Aujourd’hui, il y a une opportunité de faire concilier la réalité et les valeurs.
La France, et il me semble que c’est son honneur, a su prendre l’initiative et montrer le chemin à deux moments décisifs : en Côte d’Ivoire d’abord, lorsque le président sortant, refusant le résultat des urnes pourtant validé par l’Union africaine et par les Nations Unies, a voulu se maintenir par la terreur et les massacres en faisant tirer à l’arme lourde sur le marché d’Abidjan ; en Libye ensuite, lorsque les populations qui demandaient la liberté étaient menacées d’écrasement, de faire couler des rivières de sang, disait M. Kadhafi à Benghazi sous les tirs des canons, des chars et de l’aviation d’un dictateur.
Ces choix de la France étaient justes, politiquement et moralement. Je veux remercier le Premier ministre et le ministre d’État pour leur engagement déterminé, ainsi que le ministre de la Défense, dans des périodes où il a fallut prendre des responsabilités et les assumer. Nous avons veillé à agir avec le plein soutien de la Ligue arabe, dont je veux saluer sa prise de responsabilités et nos partenaires de l’Union africaine. Et bien sûr, nous avons agi sur la base d’un mandat explicite du Conseil de sécurité des Nations unies, s’il n’y avait pas eu les résolutions des Nations Unies négociées notamment de haute lutte pour la Libye par Alain Juppé, nous n’aurions pas pu intervenir. Que les choses soient très claires et que l’on tire les conséquences des crises précédentes.
Le droit international, me semble-t-il, a prospéré ; pas avec des phrases mais avec des actes. Le Conseil de sécurité sur ces deux crises, nous a permis de concrétiser pour la première fois un principe d’action, que la France avait réussi à faire adopter par l’ONU en 2005 : la responsabilité de protéger.
Pour la première fois, à notre initiative et à deux reprises, en Côte d’Ivoire et en Libye, le Conseil de sécurité a autorisé l’usage de la force pour protéger des populations martyrisées par leurs propres dirigeants. Et pour la première fois, à l’unanimité, le même Conseil a saisi la Cour pénale internationale des crimes des dirigeants libyens, le monde change et en bien.
À juste titre, on va nous dire : et les massacres en Syrie ? Je regrette que le Conseil de Sécurité n’assume pas toujours ses responsabilités face à la tragédie syrienne. Mais voici qu’après avoir été accusé d’aller trop vite, trop loin et trop fort en Côte d’Ivoire et en Libye, nous allons nous retrouver accuser de ne pas aller assez loin, assez fort et assez vite en Syrie. Le pouvoir à Damas aurait tort de croire qu’il est protégé de son propre peuple. Le président syrien a commis l’irréparable. La France, avec ses partenaires, fera tout ce qui est légalement possible pour que triomphent les aspirations du peuple syrien à la liberté et à la démocratie, mais dans le cadre des Nations unies. À nous de nous battre pour obtenir le consensus et renforcer les sanctions. Une autre leçon de notre intervention en Libye doit être tirée aujourd’hui, je veux parler du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, que n’avons-nous entendu lorsque la décision a été prise ! La France allait perdre son indépendance, son image serait détruite dans le tiers monde, je comprends celles et ceux qui avaient cette crainte lorsqu’elle était sincère. À l’épreuve des faits, constatons la réalité, est-ce que la France a perdu son indépendance en Libye ? Est-ce que l’image de la France en Afrique et dans le monde arabe est moins bonne aujourd’hui qu’elle ne l’était hier ?
L’OTAN s’est révélée un outil indispensable au service de nos opérations militaires. Les États-Unis et c’est leur droit ne souhaitant pas s’engager fortement en Libye - un souvenir assez précis des discussions qui ont eu lieu entre Mme Clinton et M. Juppé pour la résolution et entre le président Obama et moi-même au moment de l’intervention, disons que la France était avec le Royaume-Uni plus enthousiaste à l’intervention que nos grands amis et nos grands partenaires - eh bien pour la première fois depuis 1949, l’OTAN s’est mise au service d’une coalition. Coalition emmenée par qui ? Coalition emmenée par deux pays européens déterminés, le Royaume-Uni et la France. Et je veux dire la joie de tous ceux, dont je suis, qui souhaitent que l’Europe pèse d’un poids plus grand au sein de l’organisation intégrée de voir que l’OTAN sous la direction du Royaume-Uni et de la France a fait sont travail en Libye et si on veut comparer à ce qui s’est passé en Bosnie à l’époque où c’est nos amis américains qui ont fait le travail que les Européens auraient dû faire.
Mieux encore : à ceux qui annonçaient des réactions, comment dire, négatives du monde arabe, je rappelle que trois pays courageux : les Émirats Arabes Unis, le Qatar et la Jordanie, ont participé dès le début aux opérations de la coalition. Quant à nos amis libyens, ils réclamaient chaque jour davantage d’actions de l’OTAN !
Les combats en Libye ont apporté la meilleure réponse aux prophètes du « choc inéluctable des civilisations et des religions » : côte à côte, des forces arabes, des forces européennes, des forces nord-américaines ont aidé un peuple martyrisé à réaliser ses aspirations à la liberté.
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Voilà les leçons de la crise libyenne, où tout n’est pas fini, parce qu’une dernière leçon doit être tirée et elle concerne l’Europe. Dans cette crise, à travers l’initiative du Royaume-Uni et jeux rendre hommage à M. Cameron qui a été un allié, un ami et un partenaire courageux et fiable, eh bien les Européens ont démontré pour la première fois qu’ils étaient capables d’intervenir de façon décisive dans un conflit ouvert à leurs portes, parce que la Libye, c’est la Méditerranée, et la Méditerranée, c’est d’abord l’affaire des Européens avant d’être l’affaire des Américains, et étant l’ami des États-Unis d’Amérique, je le dis simplement pour décrire une réalité. Encore une fois, c’est un progrès remarquable par rapport aux guerres de Bosnie et du Kosovo où l’Europe allait quémander l’aide des Américains pour faire un travail qu’elle n’avait pas le courage de faire à sa porte. Dire cela, c’est ne mettre en cause personne, c’est prendre les leçons de l’Histoire.
Ceci dit, ne nous voilons pas la face : au-delà de la Libye, incontestablement l’Europe est menacée d’une forme de « rétrécissement stratégique « . Que voit-on ? Une baisse continue des efforts de défense ; l’invocation d’un « soft power » qui sert en vérité à quoi ? Cette invocation, c’est le paravent au renoncement ; et, trop souvent, c’est le paravent à l’aveuglement face à des menaces qui sont bien réelles.
Le monde change. Le président Obama a présenté une nouvelle vision de l’engagement militaire américain, qui implique que les Européens assument davantage leurs responsabilités. Si nous n’en tirons pas les conséquences, si nous ne tenons pas compte des réalités du monde, les Européens se prépareront des réveils difficiles.
Il n’y aura pas de défense digne de ce nom en Europe sans des capacités militaires robustes et de vraies politiques industrielles et technologiques. C’est tout le sens des décisions prises par le Conseil européen pendant la Présidence française et du partenariat franco-britannique. Mais à eux seuls, la France et le Royaume-Uni représentent la moitié des budgets de défense et les 2/3 de la recherche de défense. Unis comme jamais depuis le Traité de Lancaster House, nos deux pays sont pratiquement les seuls en Europe à atteindre la norme de 2 % du PIB consacrés à la défense.
Il n’y a pas d’Europe qui peut exister si elle ne donne pas les moyens d’exécuter une politique qui ne peut pas simplement être la politique du discours du verbe et de la parole. Beaucoup reste à faire pour que l’Europe soit à la hauteur de l’ambition qu’elle s’est fixée à elle-même. La France, elle, reste déterminée à assumer toutes ses responsabilités.
C’est ce que fait la France en Afghanistan. Qu’est-ce que nous avons entendu sur cette question de l’Afghanistan, qui n’est pas toujours à l’honneur de ceux qui ont prononcé des jugements sans connaître. D’abord, il faut que nous soyons fiers du travail accompli depuis trois ans en Surobi et en Kapisa par nos soldats et nos coopérants. Dix ans après le 11 septembre, les progrès sur le terrain et la montée en puissance des forces afghanes ont permis d’engager le transfert des responsabilités de sécurité et de programmer le retrait du quart de notre contingent dans les mois qui viennent. D’ici la fin 2014, les forces afghanes auront pris en charge la sécurité de leur pays. À ceux qui appellent un départ immédiat comme d’autres appelaient une capitulation immédiate, naturellement, je veux dire que nous n’avons pas le droit pour notre sécurité et pour l’histoire que nous partageons avec les Afghans de partir en laissant le chaos. Il y a un calendrier, nous transférerons les responsabilités de la sécurité aux forces militaires afghanes et aux forces de police afghanes selon un calendrier déterminé, voulu, engagé, et conscient qu’ils ne peuvent plus l’emporter militairement sur le terrain. Les Talibans qui ont de plus recours à quoi, aux actes terroristes, lâches, criminels, parce que les actes militaires, ils n’en n’ont plus les moyens. Ils frappent aveuglement et espèrent ainsi nous amener à renoncer, mais nous ne renoncerons pas, ce sont les attentats suicides, ce sont des gens qui se font sauter, ce sont des IED, c’est l’arme des lâches, l’arme des terroristes.
La transition décidée par les Afghans - et rappelons-nous les 48 pays de la coalition - et imaginez la France, seule, laissant ses 47 partenaires alors même que la décision a été prise il y a 10 ans par M. Jospin et par M. Chirac, est-ce que l’on imagine la France partir comme cela ? Cette transition va modifier en profondeur la forme de notre engagement auprès du peuple afghan, nous nous y préparons. Ce sera l’objet de la réunion de Bonn en décembre. C’est le sens du traité franco-afghan dont nous sommes convenus avec le président Karzaï et qui a, d’ores et déjà, été négocié par Alain Juppé. On fait notre travail, on réduit la présence de nos forces dans les semaines qui viennent, on passera la sécurité du territoire afghan aux Afghans dans le calendrier qui a été prévu.
Et nous pourrons ainsi accompagner les efforts de réconciliation nationale avec les insurgés. Cette réconciliation ne sera possible que si les pays voisins respectent la souveraineté et la sécurité de l’Afghanistan.
Mais soyons lucides : des progrès en Afghanistan ne marquent pas la fin de la menace terroriste. La mort de Ben Laden est une victoire dont il faut féliciter le président Obama. Mais Al Qaïda, même affaibli, reste présent. C’est vrai notamment au Pakistan dont l’évolution inquiète. C’est vrai dans le monde arabe, c’est vrai en Afrique. La vigilance est plus que jamais nécessaire et je pense notamment à nos malheureux otages pour lesquels nous ne négligerons aucun effort afin de les faire rentrer à la maison.
L’autre pays dont je veux parler, c’est l’Iran pour dire que ses ambitions militaires, nucléaires et balistiques, constituent une menace croissante. Elles peuvent aussi conduire à une attaque préventive contre les sites iraniens, qui provoquerait une crise majeure dont la France ne veut à aucun prix. L’Iran refuse de négocier sérieusement et se livre à de nouvelles provocations. À ce défi, la communauté internationale peut apporter une réponse crédible si elle fait preuve d’unité, de fermeté et impose des sanctions plus dures encore. Nous aurions tort d’en sous-estimer les effets : ils sont de plus en plus perceptibles.
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Ce contexte fait d’espoir avec les printemps arabes, mais aussi de menaces du Sahel à l’Iran, n’enlève rien à l’actualité de crises anciennes, à commencer par le conflit israélo-arabe. Il en rend au contraire le règlement plus urgent que jamais.
La seule véritable sécurité, c’est la paix. C’est d’abord par la création de l’État palestinien qu’on l’obtiendra. La sécurité d’Israël sera mieux assurée, mais avec un État palestinien démocratique, moderne et viable à ses frontières. La France ne cessera de rappeler cette évidence. C’est cela la garantie de la sécurité pour Israël. Tout autre choix est une folie, pour la sécurité d’Israël et dans le même temps, Israël a un droit à l’existence et à la sécurité qui est imprescriptible.
Les paramètres du règlement sont connus : le président Obama les a fort bien rappelés récemment. C’est sur cette base que la négociation de paix doit être relancée, et chacune des parties doit comprendre que c’est son intérêt.
En cas d’échec, dans quelques semaines à New York, les États membres des Nations unies devront se prononcer sur l’État de Palestine. Je souhaite que les 27 pays de l’Union européenne s’expriment d’une seule voix, et qu’ensemble nous assumions nos responsabilités. La France, par l’intermédiaire du ministre des Affaires étrangères va prendre des initiatives. Nous voulons l’unité de l’Europe.
Mais quel que soit le résultat de ce vote, nous nous trouverons ensuite devant un processus de paix à reconstruire. Je souhaite qu’avant de se lancer dans un nouveau cycle de tentatives sans lendemain et de rendez-vous manqués, on s’interroge sérieusement sur la méthode de négociation. Pour dire les choses clairement, la France pense que la méthode de négociation n’est pas la bonne. D’ailleurs, si elle était la bonne, on se demande pourquoi elle produit si peu de résultat.
Le rôle des États-Unis est incontestable et irremplaçable, mais ce n’est pas critiquer nos amis américains que de dire qu’ils ne peuvent pas réussir seuls. Il faut élargir le cercle de la négociation, réfléchir au rôle et à la pertinence du Quartet, donner à chacun la place qui lui revient au regard de ses relations avec les parties. Gardons à l’esprit que l’Union européenne est le premier partenaire économique d’Israël et le premier donneur d’aide aux Palestiniens. L’Europe n’a pas à demander un strapontin pour participer à des négociations qui la concernent au premier chef. L’Europe est un partenaire de la négociation et c’est une erreur de ne pas mettre l’Europe au cœur de la négociation.
La France fera des propositions précises sur ce sujet aux principaux acteurs de la région, aux États-Unis et, bien sûr, à ses partenaires européens. L’impasse prolongée et dangereuse du processus de paix comme les évolutions dans le monde arabe en soulignent l’urgente nécessité. Il n’est pas possible d’assister à l’émergence des « printemps arabes » et d’assister à la glaciation des négociations entre les Palestiniens et les Israéliens. Il y a là quelque chose qui s’apparente à une forme de scandale alors que les paramètres de la négociation sont connus de tous.
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Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Pour peser de tout son poids politique dans les affaires du monde, l’Union européenne doit demeurer la première puissance économique.
L’euro est un enjeu majeur : L’euro représente 30 % des réserves de change mondiales. En 10 ans, il s’est imposé comme une monnaie forte, trop forte et stable. La zone euro n’est pas l’homme malade que nous décrivent certains, mais bien une zone de richesse et de prospérité ; un pôle essentiel de l’économie mondiale ; un projet mobilisateur qui structure la construction européenne. L’euro est le cœur de l’Europe, si nous cédons sur le cœur de l’Europe, nous cédons sur l’Europe. Si nous cédons sur l’Europe, cela veut dire que nous renonçons à la paix sur notre continent. Donc nous ne céderons pas sur l’Europe.
La crise que nous traversons touche toutes les économies avancées. Elle est la conséquence directe des crises financière et économique de 2008 et de 2009. Les décisions que nous avons prises alors, en Europe et au G20, pour sauver le système financier mondial et pour relancer la croissance étaient indispensables pour éviter un effondrement dramatique. Mais elles ont provoqué une augmentation des déficits et des dettes publiques.
La situation est d’ailleurs moins préoccupante dans la zone euro qu’ailleurs : la dette publique y atteint 85 % du PIB contre 100 % aux États-Unis, ou 200 % au Japon ; et les actions de maîtrise des déficits publics y sont plus efficaces : en 2012, le déficit public de la zone euro rapporté au PIB sera inférieur à celui des États-Unis, du Royaume-Uni ou du Japon.
Il n’en reste pas moins que plusieurs pays de la zone euro connaissent un endettement excessif et des pertes de compétitivité. Des progrès remarquables sont en cours en Irlande et au Portugal. Je veux saluer aussi les efforts du peuple grec, et la détermination de son gouvernement.
Au-delà de ces pays, nous avons connu au cours de l’été une vague spéculative sans précédent visant l’Espagne et l’Italie alors que les fondamentaux de ces deux économies ne justifiaient en rien de telles attaques. Je tiens à saluer les mesures courageuses prises par ces deux pays.
Je veux dire aux spéculateurs que nous ne les laisserons pas se déchaîner sans réagir. Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour renforcer la zone euro. Car en défendant l’euro, c’est l’Europe que nous défendons.
Soyons lucides : cette crise a aussi mis en lumière, ce sont les insuffisances de notre union économique monétaire. Il est clair que la monnaie unique doit s’accompagner d’une intégration plus poussée de nos économies, d’une coordination accrue de nos politiques économiques et budgétaires, et d’une architecture institutionnelle cohérente. On ne peut pas avoir une monnaie unique et des politiques économiques qui divergent, ce n’est pas possible. Il y a ceux qui étaient contre la monnaie unique, ce débat a été tranché, et il a été tranché par les Français. La monnaie unique impose des politiques économiques parmi les dix-sept qui convergent.
Au cours de l’année écoulée, des progrès importants ont été réalisés dans cette direction :
Grâce au renforcement du Pacte de stabilité et de croissance, qui accroît la discipline budgétaire et la coordination des politiques macro-économiques.
Grâce enfin à la mise en place des bases d’un véritable Fonds monétaire européen, avec le renforcement de l’actuelle Facilité Européenne de Stabilité Financière et la création du futur Mécanisme Européen de Stabilité, comme la France le réclamait.
Ces avancées sont majeures. Elles étaient inimaginables il y a encore 18 mois. Le contexte de crise n’a pas encore permis d’en prendre toute la mesure, d’autant que leurs premiers effets ne seront perceptibles que dans quelques semaines ou quelques mois. On décide moins vite que les États-Unis, mais lorsque nous prenons une décision, il faut convaincre dix-sept gouvernements, dix-sept parlements, dix-sept pays. J’observe qu’aux États-Unis, il n’est pas très simple de convaincre un parlement, quel que soit, par ailleurs, le talent remarquable du président Obama. Mais imaginez dix-sept histoires, dix-sept identités, dix-sept parlements. Nous sommes des démocraties.
Nous devons aller plus loin. Fidèles à leur mission historique, et conscientes de leurs responsabilités, la France et l’Allemagne ont pris ensemble des initiatives lors de ma rencontre du 16 août avec la chancelière Merkel.
Nous proposons que la zone euro repose sur deux piliers :
Le premier pilier, c’est un véritable gouvernement économique : il s’incarnera dans le sommet des chefs et de gouvernement de la zone euro qui se réunira au moins deux fois par an, et plus si nécessaire. Il se dotera d’un président stable désigné pour 2 ans et demi. C’est une demande de la France : elle sera bientôt une réalité.
Le deuxième pilier, c’est une coordination et une surveillance accrues des politiques économiques au sein de la zone euro : au-delà des avancées que je rappelais, la France et l’Allemagne souhaitent que tous les États de la zone euro inscrivent dans leur constitution une règle d’équilibre des finances publiques. C’est dix-sept pays qui sont concernés. Je voudrais dire que nos amis allemands, socialistes allemands, l’ont accepté il y a déjà dix ans. Les socialistes espagnols viennent de se mettre d’accord avec l’opposition de droite, pour se mettre d’accord. Reconnaissons qu’une affaire aussi importante que l’équilibre des comptes de notre pays dépasse de loin la gauche et la droite, l’opposition et la majorité, le nom de tel président ou le nom de telle candidate. C’est une affaire d’intérêt général. Est-ce que chacun, est-ce que nous sommes prêts à nous hisser au-dessus, au-delà de nos convictions, au service de l’intérêt général, ce que l’on est capable de faire dans les autres démocraties européennes ? Pourquoi la France serait incapable de l’assumer ? Tout le monde sera gagnant parce que chacun à ce moment-là acquerra le respect du peuple français et gagnera en termes de prise de responsabilité. Il ne s’agit pas de la victoire de l’un sur l’autre, il s’agit d’une décision européenne et mûrement réfléchie. Je ne doute pas que compte-tenu de la qualité des acteurs en France, chacun, après y avoir mûrement réfléchi, considèrera que l’intérêt de notre pays dépasse, et de loin, l’intérêt de son parti ou de son propre intérêt personnel. Je fais toute confiance au Premier ministre pour mener les contacts nécessaires et nous déciderons ensuite du calendrier à retenir.
La France et l’Allemagne ont choisi d’aller plus loin de renforcer leur intégration économique. Je remercie la chancelière Merkel d’avoir eu le courage d’assumer une politique de convergence entre la France et l’Allemagne. Ce n’est pas si simple en Allemagne de porter cette politique, il faut du courage. Nous progresserons sur la voie de la convergence fiscale en travaillant à un impôt sur les sociétés commun dont les taux et les assiettes seront harmonisés en 2013 pour l’anniversaire du traité de l’Élysée. Imaginons ce que peut représenter pour l’Europe, l’émergence d’une zone économique, fiscale, financière qui converge avec les mêmes objectifs, les mêmes impôts, les mêmes taux qui créent la stabilité au cœur de l’Europe. Avons-nous à y gagner ou à y perdre ? Je pense que nous avons à y gagner. Pour notre pays, je souhaite que nous nous rapprochions avec nos qualités d’un système qui marche, et que nous nous éloignons d’un système qui ne marche pas. Je ne pense pas que nombreux soient les Français, qui voient la situation d’un certain nombre de nos amis au sud de la Méditerranée, souhaitent que nous les imitions.
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Après l’euro, la plus grande réalisation européenne est sans doute la libre circulation au sein de l’espace Schengen. Mais, disons-le sans détour, la suppression des frontières intérieures n’est viable que si la frontière extérieure, désormais commune, est sûre. Ne nous y trompons pas : face à la pression migratoire, si la frontière extérieure de l’espace de Schengen n’est pas tenue, l’espace de Schengen ne survivra pas.
C’est pour préserver Schengen que la France a proposé de développer la gestion commune de la frontière extérieure. Il faut pouvoir rétablir les contrôles aux frontières d’un État si celui-ci est incapable d’assurer la garde de sa portion de la frontière extérieure. Ces novations, réclamées par la France, ont été approuvées par le Conseil européen. Elles doivent être maintenant mises en œuvre par l’adoption, notamment au Parlement européen, des textes juridiques nécessaires. Ceux qui croient à la libre circulation et à Schengen, demandent que Schengen respecte un certain nombre de règles. Sinon, c’est l’ensemble du système qui explosera.
Au-delà de l’euro et de Schengen, l’Union européenne doit renforcer son action dans plusieurs domaines majeurs :
L’agriculture, franchement si on tire les conséquences de la crise dans la Corne de l’Afrique, que l’on a trop d’agriculteurs et trop de production agricole, c’est que l’on n’a pas la même vision du monde. Le monde est face à une pénurie sans précédent alimentaire, donc le monde a besoin davantage de production agricole et certainement pas de moins. Je veux rendre hommage au ministre de l’Agriculture pour son action en la matière.
Je pense à la politique industrielle, qui n’est plus un sujet tabou entre les 27.
Je pense au commerce international, où la naïveté doit être enfin dépassée, qui ne peut être fondé que sur la réciprocité et la loyauté des échanges.
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Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Je voudrais terminer par la question du G20.
La France qui avait proposé avec Valéry Giscard d’Estaing la création du G7, a proposé la création du G20 et elle le préside. Là encore, c’est extraordinaire quand on reprend les prédictions des spécialistes.
Que n’a-t-on dit lorsque nous avons proposé les thèmes de travail des deux sommets du G8 à Deauville et du G20 à Cannes ! Excès d’ambition ! Ingérence inacceptable dans un Internet, qui se développerait parfaitement tout seul ! Volonté interventionniste coupable vis à vis des marchés des matières premières, qui ne connaîtraient aucun problème de fonctionnement !
Aujourd’hui, fort heureusement, plus personne ne conteste l’agenda de la présidence française.
Au Sommet du G8, les résultats ont été au rendez-vous, même sur Internet, où pour la première fois, les chefs d’État des principaux pays concernés ont adopté une déclaration commune qui établit les principes du développement de ce phénomène majeur de notre temps.
Le Sommet du G20 de Cannes, dans deux mois, sera un moment capital pour marquer de nouveaux progrès de la coopération économique et financière entre des partenaires, je voudrais dire, la légitimité du G20 en matière économique sur laquelle on s’interroge, les 20 pays du G20 représentent à eux seuls 85 % du PIB mondial. Si les dirigeants des économies qui représentent 85 % du PIB mondial se mettent d’accord, cela représente quand même un bon commencement, un bon début pour l’ensemble de l’économie mondiale.
Face à la crise des dettes souveraines, aux craintes pour la croissance, il est plus nécessaire que jamais que nous ayons cette coopération internationale.
Notre premier objectif, c’est de consolider la reprise de l’économie mondiale. Pour créer des emplois, il faut de la croissance, pour sortir des milliards d’êtres humains de la pauvreté, il faut de la croissance et pour réduire les déficits et les dettes, il faut de la croissance.
Au fond, les marchés ont totalement perdu leur boussole : ils demandent à la fois de réduire les déficits et les dettes, mais s’inquiètent immédiatement de l’impact de la réduction des déficits sur la croissance.
Des politiques de rigueur au niveau mondial seraient pires que le mal. Elles menaceraient la reprise et risqueraient de nous replonger dans la récession. La réduction des déficits et des dettes, qui est indispensable, doit être graduelle et surtout crédible. Je veux saluer le plan qui a été proposé par le Premier ministre, la ministre du Budget et le ministre des Finances, s’agissant du budget 2011 de la France et du budget 2012 de la France. C’est, par ailleurs, plutôt que des baisses de dépenses immédiates, nous devons engager les réformes pour renforcer à moyen terme la soutenabilité de nos finances publiques. C’est tout le sens de la réforme des retraites que nous avons conduite en France. Où en serions-nous aujourd’hui si nous n’avions pas derrière nous la réforme des retraites ?
Cette stratégie ne sera possible qu’accompagnée d’un rééquilibrage de la demande et de la croissance mondiales. Les pays émergents, dans ce contexte, ont un rôle majeur à jouer. Songez qu’en Chine, la consommation privée ne représente que 35 % du PIB chinois, la consommation privée représente 60 % du PIB de la zone euro et la consommation privée représente 70 % du PIB américain ! Là encore, il ne s’agit nullement de reprocher quoi que soit à qui que ce soit, il s’agit de regarder les chiffres.
Pour réduire les déséquilibres mondiaux, il est indispensable que ces pays rééquilibrent leur modèle de développement vers la demande interne. C’est une question que j’ai évoquée dans un climat positif avec le président Hu la semaine dernière lors de ma visite à Pékin.
Ce que nous voulons, à Cannes, c’est que le G20 se mette d’accord sur un plan d’action pour la croissance, comprenant des engagements précis et concrets des principales économies.
La question des déséquilibres macro-économiques ne peut être séparée de la réforme du système monétaire international. Cette question a été au cœur des débats de l’année écoulée : certains ont même parlé de guerre des monnaies. Chacun sent bien aujourd’hui que l’absence d’un système monétaire international équilibré et représentatif est coûteux pour l’économie mondiale. Depuis le colloque de Nankin, que nos amis chinois ont accepté, je les en remercie encore, nous avons fait beaucoup de progrès. Nous avons aujourd’hui un agenda précis et concret défini par la présidence française.
Le système monétaire international doit être plus représentatif de l’économie mondiale. Il faut que le DTS puisse inclure de nouvelles monnaies. Nous devons ensuite renforcer nos instruments de lutte contre les crises financières. La surveillance du FMI doit être renforcée et nous devons le doter des moyens nécessaires pour faire face à des crises systémiques. N’est-il pas temps d’envisager que les pays en excédents puissent investir une partie de leurs réserves au FMI pour renforcer ses moyens ?
Sur tous ces sujets, les ministres des Finances aboutiront à des propositions concrètes en vue du Sommet de Cannes.
Je vous avais parlé l’an dernier de la régulation des marchés de matières premières. Le plan adopté en juin par les ministres de l’Agriculture amène un progrès incontestable.
Un agenda ambitieux de transparence des marchés et de régulation des dérivés s’impose. Il faut définir des règles pour les marchés dérivés agricoles comparables à celles qui sont en vigueur pour les marchés financiers, avec des sanctions pour les abus de position dominante.
La Présidence française a enfin voulu faire du développement une grande priorité du G20. C’est une condition de sa légitimité. Mais c’est notre intérêt de réduire la pauvreté et les écarts de développement entre les nations.
Parler du développement, c’est parler du financement du développement. Face aux difficultés des pays développés pour augmenter l’aide publique, chacun sait que les financements innovants sont une nécessité. Avec Angela Merkel, nous défendons l’idée d’une taxe sur les transactions financières. Notre objectif, c’est que l’Europe puisse donner l’exemple de ce qui peut être fait, et que d’autres se rallient à cette initiative à Cannes. Je souhaite, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, que vous soyez très actifs dans les deux prochains mois pour défendre cette idée d’une taxe sur les transactions financières. La France est à la pointe de ce combat. D’ailleurs, personne ne trouve à redire quand on achète un bien immobilier à ce qu’il soit taxé au moment de la transaction. Personne ne trouve à redire lorsqu’on achète un bien meuble, un bien de consommation qu’il soit taxé au moment de la transaction. Comment se fait-il que la seule transaction qui ne soit jamais taxée, soit la transaction financière ? Et qui osera dire au monde entier que le monde de la finance et que le monde financier a été tellement exemplaire au moment de la crise financière qu’il convient absolument de protéger ce monde clos de toute velléité de taxation de transactions financières ? Qui osera le dire au peuple du monde ? Naturellement, si on attend que tout le monde soit d’accord, on attendra longtemps. Je parlais de paravent tout à l’heure, c’est un paravent.
L’ Europe doit montrer l’exemple, l’Europe a des idées à défendre, l’Europe doit adopter cette taxe sur les transactions financières à la demande de l’Allemagne et de la France. Puis, nous constituerons un groupe de pays leaders les plus avancés qui nous rejoindront dans cette taxation de transactions financières. Les opinions publiques du monde entier seront juges. J’attends avec intérêt dans tel ou tel pays où l’on leur aura refusé le principe de la taxe sur les transactions financières, la discussion entre les gouvernements de ces pays et leurs opinions publiques. Je ne doute pas que les opinions publiques soutiendront alors massivement l’exonération de toute taxation sur les transactions financières. Il y a aujourd’hui une opinion publique internationale et celle-ci doit pouvoir se manifester.
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Mesdames et Messieurs,
Il y aurait encore bien d’autres sujets, mais j’ai déjà beaucoup abusé de votre patience. Je dirai simplement à vous, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, deux choses.
La première, soyez volontaires, si nous ne voulons pas subir, nous voulons vouloir, vouloir aussi bien. Naturellement, compte tenu de la complexité de la difficulté des problèmes, subir est plus commode. Cela permet de commenter. Vouloir, cela impose d’agir. Je vous demande d’aider notre diplomatie et votre ministre à présenter une politique profondément volontariste.
Je vous demande une deuxième chose, peut-être encore plus innovante : sachons ensemble, faire preuve d’imagination. Sachons remiser les concepts et les idées adaptés au XXe siècle et démodés au XXIe siècle. N’ayons pas peur des idées nouvelles. N’ayons pas peur des initiatives. N’ayons pas peur de remettre en cause un certain nombre de certitudes qui valaient pour le siècle précédent, mais qui sont dépassées pour le siècle d’aujourd’hui.
Et vraiment, en terminant, je voudrais vous dire que j’ai bien conscience d’avoir été durant ces quatre années de mon quinquennat gâté en termes de crises d’explosion et de nouveauté. Il y a deux façons de réagir : on peut dire : « mon Dieu ! On n’a pas de chance, c’est difficile » et puis on peut dire : « on a beaucoup de chance, parce que c’est passionnant ». Qu’il y a un monde nouveau à inventer, une gouvernance nouvelle à porter, des concepts, et la France de nouveau peut mettre ses idées au service du monde, écoutez celles des autres, bien sûr. Mais quel que soit l’endroit où l’on porte notre regard, il faut réinventer.
J’ai conscience qu’une plus ancienne diplomatie du monde aura à cœur de porter ce renouvellement et qu’elle mesurera la confiance que nous lui témoignons au sommet de l’État, avec le Premier ministre, le ministre d’État, pour inventer ces nouvelles idées et pour porter ce nouveau discours.
Je vous remercie de votre attention./.

Dernière modification : 12/09/2011

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